De nombreuses familles ont dû quitter leurs localités d’origine au Sénégal, de manière définitive ou permanente, pour fuir certaines catastrophes naturelles telles que les inondations et l’érosion côtière. La responsabilité du dérèglement du climat dans cette situation fait débat, tout comme celle de savoir s’il s’agit là des premiers réfugiés climatiques. Reportage dans le quotidien de ces familles déplacées.
Villa n° 5, chez la famille SECK. Deux chambres,
un salon : ici, la capacité d’accueil de la maison est très réduite. La
cuisine a été transformée en chambre pour abriter les plus jeunes. Les trois
autres garçons sont en location dans le même quartier. Tous ceux qui habitent
le quartier Tawfeh sont dans la même situation.
Ce quartier porte bien son nom – en wolof, Tawfeh
signifie « Après la pluie, vient le beau temps ». C’est en effet le
temple des habitants venus des zones inondées comme Yeumbeul, Wahinane Nimzatt,
Médina Gounassn, Bagdad, Pikine et Diameugnène. Bamba Diop habite la cité
depuis 2012. « On a voulu résister aux eaux pluviales depuis 2011.
Mais en 2011, la situation était devenue
insupportable à tel point qu’on était obligé de laisser nos bagages sous les
eaux pour aller se réfugier dans les écoles », confie cet ancien habitant
de la Cité Samba Sy (Guédiawaye).
Les lieux de provenance de ces familles peuvent
être différents mais leur point commun c’est d’avoir vécu des années sous les
eaux. Maguette Fall, une autre réfugiée, a vécu 40 ans dans le quartier Darou
Salam. Cette sexagénaire soutient que la quantité de pluie tombée entre 2005 et
2015 est supérieure aux années précédentes. « J’ai fait quarante ans à
Yeumbeul. Mais, ce n’est qu’en 2005 que les eaux ont commencé à nous envahir.
On a voulu y faire face en vain. L’achat du sable pour endiguer les eaux
devenait de plus en plus coûteux. Et comme l’Etat, nous avait proposait
d’autres sites d’habitation, on a voulu être réaliste », explique-t-elle.
Quant au vieux Haoussou Fall, en plus des eaux,
c’est le développement de certaines maladies comme le paludisme qui les a
chassés de leur précédente localité. « Les moustiques étaient
immaîtrisables car ils vivaient en grand nombre à la surface des eaux »,
conte ce retraité.
Ce phénomène des inondations n’est pas nouveau au
Sénégal mais il a commencé à
prendre des ampleurs inquiétantes en 2005. Celles de 2009 et 2012 ont eu des
impacts très négatifs sur les conditions socio économiques des populations de
la banlieue dakaroise : des pertes en vies humaines ont été enregistrées
ainsi que la destruction d’infrastructures (routes, ponts) et l’envahissement des
maisons par les eaux. En
2012, le bilan du Plan National d’Organisation des Secours (Plan ORSEC) de
lutte contre les inondations (activé après les fortes pluies du 26 août)
faisait état de 26 décès liés aux inondations, 264000 personnes sinistrées et
7737 habitations affectées.
Une autre étude faite par l’environnementaliste
Saliou Gueye Ndoye et Aliou Wade, technicien d’hygiène et de prévention en
santé publique portant sur la saison hivernale de 2009 (1), avait montré qu’environ
300 000 personnes et en moyenne 33 000 familles se sont retrouvées
sous les eaux, entraînant une santé publique détériorée, une économie locale
fragilisée, une éducation déstabilisée.
Ces deux auteurs de l’étude soutiennent que les
inondations à Dakar sont dues à la remontée des nappes phréatiques entrainées
par les changements climatiques. D’autres ne partagent pas cette thèse et
pensent que les inondations sont davantage liées à un problème
d’assainissement. Une thèse balayée d’un revers de la main par Arouna
Coumba Ndoffène Diouf, scientifique qui déduit que les changements climatiques sont
une pure absurdité. « La partie de
la presqu’île du Cap Vert qui s’ouvre au Nord de l’océan Atlantique est
composée de sables dunaires (Yoff, Kayar, lac rose etc). Ces sables viennent du
Sahara et ont été transportés par les vents. En effet, elle est surélevée. Par
contre, celle qui s’ouvre au Sud est abaissée (Yarahk et Thiaroye) et était une
zone non habitée où transitaient les eaux de pluies. Les habitations et l’autoroute
nationale ont coupé court au ruissèlement de ces dernières», argumente ce
scientifique
A Bargny, à 20 kilomètres du quartier
Tawfeh, de grosses vagues frappent les maisons alignées à perte de vue sur la
berge emportant tout ce qu’elles trouvent sur leur chemin. Les habits étalés
sur les pneus qui servent de digue ne sont pas épargnés. Sauve qui peut pour
les récupérer avant que la mer implacable les transporte verts d’autres
rivages. Des toits détruits, des chambres toutes effondrées. Seuls les
fondements témoignent de l’existence de certains édifices. L’érosion côtière
est passée par là.
Plusieurs familles de Bargny se sont déplacées
vers l’intérieur du village car leurs habitations ont été détruites par la mer
qui avance d’année en année. C’est le cas de la famille Ndiaye. Deux chambres
seulement restent des six pièces qui composaient la maison. Une dame d’un âge
très avancé en occupe une. En mobilité réduite, elle ne quitte pas son lit de
la journée.
Selon son fils Cheikh Ndiaye, en moins d’un an,
cinq familles ont déménagé par crainte de voir leurs maisons s’effondrer sur
elles. « Le site qui devrait abriter ces victimes sert d’entreprise
d’exploitation de charbon », avoue ce pêcheur. Un autre jeune assis à
quelques mètres arrange son filet de pêche. Dans 30 minutes, il doit aller en
mer. Les mains dans les poches, il nous conduit vers son ancienne demeure. Les
dégâts causés par la mer sont toujours visibles. « La seule chambre qui
restait de notre maison a été détruite par les vagues la semaine dernière.
D’ailleurs, c’est moi qui l’occupais car je n’avais pas les moyens pour louer
une chambre en ville», dit Ibrahima.
Une situation
qu’on met sous le compte du réchauffement climatique qui entraine l’avancée
des mers. Selon M. Diouf, au milieu de tous les océans, il y a ce qu’on
appelle le phénomène tectonique c'est-à-dire une ouverture de la couche
terrestre. « Cette couche laisse
passer une grande quantité de landes volcaniques qui fait remonter les eaux
vers les continents », poursuit cet ancien ministre qui estime que le
changement climatique n’a pas encore lieu.
Dans cette ville à majorité Lébous, la pêche est
la principale activité génératrice de revenus (70% des ménages). De ce fait,
les familles victimes de l’érosion côtière préfèrent y rester en louant des
appartements dans les quartiers qui ne sont
pas touchés par le phénomène.
Marame Coumba Seck

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